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Serbie : Gozi et Prebilič sonnent l'alarme sur les dernières salles de rédaction indépendantes

Le 19 octobre 2026, Sandro Gozi, député européen (Renew Europe), secrétaire général du Parti Démocrate Européen, et Vladimir Prebilič, député européen (Verts) ont tiré la sonnette d'alarme sur le sort de N1, Nova, Danas et Radar. Ces médias figurent parmi les rares voix indépendantes restantes dans un paysage médiatique que Aleksandar Vučić a passé des années à plier à la volonté de son gouvernement. Les Serbes se rendront aux urnes le 25 octobre.

“Le timing parle de lui-même”

“Depuis des années, Vučić a construit un système d'information dans lequel presque chaque radiodiffuseur national parle avec la voix du pouvoir, tandis que les journalistes indépendants sont diffamés, pressés et isolés”, a déclaré Sandro Gozi. “N1 et Nova faisaient exception. Maintenant, juste au moment où les Serbes s'apprêtent à voter, cette exception est vidée de l'intérieur : des directeurs remplacés avant l'autorisation, des rédactions en révolte, dix journalistes de N1 partis en un seul jour. Peu importe qui est derrière cette opération, la question est simple : qui en bénéficie ? Le timing parle de lui-même.”

“Il ne s'agit pas d'une simple affaire commerciale. Il s'agit de savoir si la Serbie achèvera son virage autoritaire : des élections qui ne sont libres que sur le papier et un système médiatique entièrement sous contrôle gouvernemental. Un pays candidat ne peut pas emprunter cette voie et s'attendre à ce que l'Europe ferme les yeux.”

Un réseau régional, une responsabilité européenne

Vladimir Prebilič est membre de la Commission parlementaire de stabilisation et d'association UE-Serbie. “Dans notre travail au sein de la délégation du Parlement européen en Serbie, nous avons vu l'espace pour un journalisme indépendant se réduire année après année”, a-t-il déclaré. “Ces rédactions n'importent pas seulement à la Serbie : elles font partie d'un réseau régional qui inclut également la Slovénie et la Croatie. Lorsque des médias indépendants dans un pays candidat sont vidés de leur substance à la veille d'une élection, la crédibilité de tout le processus d'élargissement est en jeu. L'UE dispose des outils, de la Loi sur la liberté des médias aux négociations d'adhésion. Il est temps de les utiliser.”

Trois initiatives sur la prise de contrôle de l'ANN

Les deux députés européens ont pris trois mesures conjointes concernant l'acquisition de l'Adria News Network (ANN) par European Future Media Investments, lié à Alpac Capital :

  • Une question écrite à la Commission européenne. Elle demande comment ces développements impacteront les négociations d'adhésion de la Serbie, en commençant par le prochain paquet d'élargissement de 2026. Elle demande également si la Commission demandera un avis du Comité européen pour les services de médias en vertu de l'article 23(1) de la Loi européenne sur la liberté des médias.
  • Une lettre à Elisabeth Margue, Ministre luxembourgeoise des Médias et de la Connectivité. Son gouvernement doit encore approuver le changement de contrôle de N1 et Nova S. La lettre demande une clarté totale sur le calendrier, le financement et les garanties d'indépendance éditoriale, et la confirmation que le Luxembourg reste l'État membre compétent pour ces chaînes.
  • Une lettre à Amma Asante, Présidente du Comité européen pour les services de médias. Le groupe d'experts du Comité examine le cas. La lettre soutient que la transaction relève du champ d'application de la Loi européenne sur la liberté des médias, puisque la cible et l'acheteur sont basés au Luxembourg et que le réseau opère également en Croatie et en Slovénie. Elle demande au Comité de donner un avis et de recommander des garanties juridiquement contraignantes d'indépendance éditoriale.

Les événements à ce jour

Depuis le 17 août, le PDG d'Alpac Capital est enregistré en tant que directeur des sociétés serbes exploitant ces médias, tandis que les autorités luxembourgeoises ont confirmé que la transaction n'avait pas encore été approuvée. La rédaction de Nova.rs a contesté les nouvelles nominations éditoriales, et le 16 octobre, dix journalistes de N1 ont démissionné. Des observateurs internationaux, y compris l'OSCE/BDIH, ont documenté à plusieurs reprises la domination des autorités et du parti au pouvoir dans les médias nationaux serbes. La Commission européenne elle-même a décrit l'influence politique et économique sur les médias serbes comme une source de préoccupation sérieuse.

“L'avenir européen de la Serbie dépend des élections libres et des médias libres”, ont conclu Gozi et Prebilič. “Si les dernières voix indépendantes se taisent, Bruxelles doit en tirer les conséquences dans le processus d'adhésion. Le pluralisme médiatique ne peut pas être relégué au second plan.”

Membres associés

Sandro Gozi
Secrétaire général
France
Mouvement Démocrate (MoDem)

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