Les Démocrates Européens se réunissent en Provence pour trois jours de débat sur l'avenir de l'Europe.
Du 18 au 20 septembre, le Parti Démocrate Européen a amené le débat européen à L’Isle-sur-la-Sorgue pour ses Journées de l’Europe 2026, organisées conjointement avec le rassemblement annuel du Mouvement Démocrate français.
Pendant trois jours, des politiciens européens et nationaux, des représentants locaux, des experts, des athlètes et des jeunes démocrates ont discuté de certains des défis majeurs auxquels l'Europe est confrontée : l'élargissement, la résilience démocratique, la régulation numérique, le changement climatique, la migration, la cohésion territoriale, la compétitivité et l'inclusion sociale.
Une famille politique européenne à l'œuvre
Le programme a débuté le vendredi soir avec “Bienvenue chez les Démocrates européens : qui fait quoi ?”, une introduction à la famille démocratique européenne avec Alice Bernard, Mathieu Camescasse, Marguerite Deprez-Audebert et Alexandra Leuliette.
Les ateliers du samedi ont exploré l'Europe sous plusieurs angles : si une Union élargie peut encore prendre des décisions efficacement ; comment l'Europe peut être construite à partir des villes et des communautés locales ; la résilience de la démocratie en Pologne, en Italie et en France ; les règles numériques pour les enfants ; l'adaptation au climat ; la migration et les frontières ; la politique de cohésion ; et la capacité de l'Europe à rivaliser économiquement avec les États-Unis et la Chine.
Plus que jamais, l'Europe a besoin de puissance
Un des débats politiques centraux du week-end a largement dépassé la question traditionnelle de l'intégration européenne. Sous le thème “Face à la brutalisation du monde, plus que jamais besoin d’Europe”, Sandro Gozi, Blandine Chiellini-Pont et Bruno Fuchs ont examiné la migration, les interférences étrangères, la guerre hybride et la capacité de l'Europe à défendre son modèle démocratique.
La migration a été abordée non seulement comme un problème de gestion des frontières, mais aussi comme un phénomène de plus en plus utilisé par des pays tiers comme un instrument de pression politique. Gozi a plaidé pour que l'Europe cesse de traiter la migration comme une succession d'urgences et applique plutôt des règles européennes communes de manière cohérente, mettant en garde contre l'externalisation de la politique d'asile vers des pays tiers et contre ce qu'il a décrit comme des solutions nationales inefficaces.
Le débat s'est ensuite tourné vers les interférences étrangères, la désinformation et les attaques contre les systèmes démocratiques. Gozi a souligné que l'Europe ne peut pas protéger ses démocraties pays par pays car les menaces elles-mêmes sont transnationales, appelant à une coordination européenne renforcée en matière de cybersécurité, d'intelligence artificielle et de financement politique.
Sa conclusion plus large portait sur le pouvoir politique et la souveraineté :
“Nous devons passer du veto à l'action, de la dépendance à la souveraineté.”
Pour Gozi, une Europe plus forte et moins fragmentée devrait également devenir la force motrice derrière une plus large alliance mondiale des démocrates, réunissant des partenaires tels que le Canada, le Japon, le Royaume-Uni et d'autres pays démocratiques autour d'un nouvel ordre multilatéral.
Le sport comme force de cohésion
La séance plénière “Ouvrons grand le sport” a réuni la Ministre française des Sports Marina Ferrari, le double médaillé olympique de taekwondo Pascal Gentil et l'ancienne athlète belge de haut niveau Gaëlle Valcke, modérée par Seymour Demonière.
La discussion a clairement montré que le sport ne doit pas être vu uniquement comme une activité physique ou une compétition d'élite. Il a été présenté comme un outil d'éducation, d'inclusion, de santé mentale, d'intégration professionnelle et de cohésion sociale. Ferrari a souligné l'importance des clubs amateurs et des bénévoles, tandis que Valcke et Gentil ont décrit le sport comme un lieu où des personnes de milieux très différents apprennent le respect, la solidarité et la responsabilité collective.
Ferrari a résumé l'importance politique de cette approche en argumentant que investir dans le sport signifie investir dans la cohésion sociale :
“Investir dans le sport, c'est investir dans la cohésion sociale.”
Elle a également mis en avant la dimension de santé publique, soulignant le coût économique de l'inactivité physique et la nécessité de rendre le sport accessible quel que soit l'âge, le handicap ou l'origine sociale. Le débat a également abordé la santé mentale des jeunes, le bénévolat, les infrastructures sportives locales et le sport comme voie de retour à l'éducation et à l'emploi.
Le message était finalement simple : le sport crée des communautés, enseigne la responsabilité et offre aux personnes un lieu d'appartenance — quelque chose de particulièrement précieux dans des sociétés de plus en plus fragmentées.
“Il est minuit moins une” : l'action climatique comme investissement
Le changement climatique a été au centre de la deuxième séance plénière majeure, “Il est minuit moins une”, avec le Ministre fédéral belge Jean-Luc Crucke, Marie-Pierre Vedrenne, Anne-Cécile Violland et Sylvain Waserman, Président de l'ADEME. La séance était animée par Barbara De Vos, avec des témoignages de Michèle Crouzet, Christophe Madrolle, Clément Nauleau et Jimmy Pahun, et des remarques de clôture de l'ancienne Première Ministre française Élisabeth Borne.
Le débat est parti d'une réalité criante : le changement climatique n'est plus un risque abstrait pour le futur. Les récentes vagues de chaleur, incendies, sécheresses et inondations ont déjà modifié l'ampleur du défi. Les participants ont plaidé pour que l'atténuation aille désormais de pair avec l'adaptation, l'anticipation et la résilience.
Crucke a particulièrement souligné le fait de ne pas considérer la politique climatique simplement comme un coût. Il a appelé à une plus grande coopération européenne, des investissements conjoints et un changement dans la façon dont les gouvernements envisagent les dépenses climatiques :
“Les dépenses climatiques ne sont pas une dépense. C'est un investissement.”
Pour lui, l'investissement dans les énergies renouvelables, la mobilité, les infrastructures et l'adaptation devrait être compris comme un moyen de protéger les citoyens, de renforcer la résilience économique et de réduire la dépendance aux combustibles fossiles. Il a également souligné que la politique climatique ne fonctionnera que si elle intègre la justice sociale et reste acceptable dans la vie quotidienne des gens.
La discussion a également lié la transition écologique avec la compétitivité et la souveraineté. Waserman a argumenté que la décarbonisation peut renforcer les entreprises et réduire la dépendance de l'Europe aux combustibles fossiles importés, tandis que Borne a appelé à une action plus rapide, à une stabilité à long terme et à un cadre pluriannuel plus clair pour la transition écologique.
La conclusion n'était pas celle du pessimisme climatique, mais de l'urgence et de la responsabilité. Comme l'a dit Crucke, l'objectif est de veiller à ce que l'année prochaine l'horloge recule de “une minute moins une” plutôt que de se rapprocher d'elle.
L'Europe de bas en haut
Tout au long des Journées de l’Europe, ce débat plus large a été complété par des ateliers sur le gouvernement local, la démocratie, le développement rural, la régulation numérique, la gestion des frontières et la politique industrielle.
Les élus locaux ont discuté du rôle des villes et des régions dans la traduction de l'action européenne dans la vie quotidienne des citoyens. D'autres sessions ont exploré la résilience démocratique, la protection des enfants en ligne, le financement de la cohésion européenne, le développement rural et l'avenir de la compétitivité européenne.
Une discussion politique finale avec Laurence Farreng, Sandro Gozi et Christophe Grudler a projeté le regard vers 2027 et la place de la France en Europe.
Une Europe qui peut agir
Pris ensemble, les Journées de l’Europe ont reflété une conviction commune : les défis de l'Europe sont de plus en plus interconnectés.
La sécurité, le changement climatique, la migration, la compétitivité, la résilience démocratique et la cohésion sociale ne peuvent plus être traités comme des questions nationales distinctes. Ils exigent une Europe capable d'agir, d'investir et de protéger, tout en restant proche des citoyens, des territoires et des communautés locales.
Pour les Démocrates Européens, cela signifie une Europe moins fragmentée, plus souveraine et plus efficace, mais aussi capable de construire des alliances démocratiques plus solides au-delà de ses propres frontières.























